Myriam Cadéot, écrivain public à Castelnau-sur-l’Auvignon (Gers)
La vie des autres
Après dix ans d’expérience professionnelle dans le sanitaire et social, Myriam Cadéot a décidé d’user de son amour des mots pour les mettre au service des autres. Après avoir suivi une formation, elle est écrivain public depuis quatre ans.
« Tous les gens que je suis amenée à rencontrer dans mon travail me touchent. Leur vie n’a peut-être rien d’exceptionnel, mais ils sont les témoins de la vie locale, d’une époque qui s’éloigne », explique Myriam Cadéot, la quarantaine, écrivain public depuis quatre ans.
Native du Gers, elle réside avec son mari agriculteur et leurs trois jeunes enfants au nord du département, dans un village gascon typique de cent soixante-quinze âmes, Castelnau-sur-l’Auvignon. « Pendant dix ans, j’ai accueilli et accompagné des personnes toxicomanes au sein d’un centre médico-social. En 2009, mon poste était sur la sellette. Du coup, j’ai fait un bilan de compétences », raconte-t-elle. À cette occasion, son amour des mots vient sur le devant de la scène. En effet, l’écriture a toujours été importante pour elle. Elle a un baccalauréat littéraireet une maîtrise en psychologie à son actif. Toutefois, aider les gens compte aussi à ses yeux. Alors, écrivain public, voilà l’opportunité d’allier les deux. Emballée, « j’ai bouclé en six mois les six modules de formation à distance du Cned
Un premier entretien téléphonique ou un e-mail définit le travail. Puis, devis en main, voilà les “clients” engagés pour cinq séances à raison d’une tous les quinze jours, au minimum. « Cela se passe à leur domicile – on parle mieux de soi dans son propre environnement. Pendant une heure trente, ils se racontent… Car au-delà, l’attention décline. J’enregistre et je prends des notes. » Après quoi, documents et photos à l’appui, Myriam travaille chez elle à la retranscription et à la mise en page – « cinq heures pour une heure d’entretien ». Pour, au final, une dizaine d’exemplaires reliés au format A5 destinés aux proches. « C’est quand l’entourage ne soupçonne pas ma participation que mon travail est réussi. Je ne suis pas biographe, mon but n’est pas la qualité littéraire, mais la transmission écrite des mots des autres. Les “tics” de langage doivent se retrouver. »
En 2012, pour échapper à l’écueil du travail en solo, l’isolement, Myriam contacte ses pairs installés dans le département. « Comme j’appréciais particulièrement le travail pluridisciplinaire, j’ai cherché à retrouver un certain esprit d’équipe. Nous sommes complémentaires, c’est un travail de proximité. Échanger, faciliter l’accès à la formation, mener des projets en relais, c’est un plus et nous gagnons en visibilité. Nous étions sur le salon du livre à Condom en mai 2014. Associés à la Société archéologique du Gers à l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, nous rédigeons des articles. Chacun s’investit selon ses disponibilités », explique Myriam, présidente de l’association des Écrivains publics du Gers (EP32)
Toutefois, il est difficile de faire fortune en exerçant cette activité, qui reste plutôt une vocation. Pour la plupart, c’est une source de revenus annexe. Pourtant, « vu la richesse des rencontres, je suis heureuse que la vie m’ait amenée à découvrir ce métier », confie Myriam. En 2012, elle en a même profité pour publier, en son nom, un premier ouvrage, La Naissance des coquelicots, un conte inspiré d’une légende gasconne. Un deuxième est en cours.
(1) Centre national d’enseignement à distance.
(2) www.ep32.org
« À mon avis, les infirmières libérales font preuve d’une véritable passion dans l’exercice de leur métier, mais leur rôle est relativement ingrat. Elles assurent une présence continue, parfois au détriment de leur vie familiale, et souvent auprès de gens démunis. Elle font face à leur douleur. C’est un métier très “humain”. Même si mon travail a un caractère social, les gens abordent rarement leurs soucis de santé. On passe dessus. Et, de fait, je suis rarement en contact avec les infirmières, sauf si j’interviens pour traiter des documents administratifs ou si j’assure le soutien scolaire d’un jeune immobilisé pour quelques semaines à domicile, à la suite d’un accident par exemple. Prochainement, je pourrais être amenée à collaborer avec l’une d’entre elles. Dans deux ans, celle-ci sera à la retraite et elle souhaite proposer des ateliers pour les personnes âgées, combinant activités manuelles et écriture créative. »
Un écrivain public n’a pas besoin de diplôme pour exercer son métier. Mais plusieurs formations sont dispensées, notamment par le Cned, l’université de la Sorbonne Nouvelle à Paris ou l’université de Toulon. Car savoir écrire ne suffit pas. Les prestations s’étendent du simple travail de relecture d’un rapport de stage jusqu’au récit de vie en passant par un compte rendu, un discours ou une lettre d’amour. La formation porte aussi bien sur les pratiques rédactionnelles, la bureautique, les règles typographiques que sur les connaissances de base en droit social, fiscal ou associatif. Profession surtout relationnelle, l’écrivain public doit développer l’écoute et savoir mener un entretien. Ils sont plusieurs centaines à exercer dans l’Hexagone selon le Groupement des écrivains conseils, l’un des groupements professionnels d’envergure nationale. Par ailleurs, existent aussi le Syndicat national des prestataires et conseils en écriture ou l’Académie des écrivains publics de France.